Sans objet.
AVERTISSEMENT : La lecture de cet article est déconseillée aux personnes de moins de 18 ans, aux hémophiles, aux membres du Comité LOSONA ("Les Objets SOnt Nos Amis"), à ceux que la vue du mot "sang" répugne, aux vampires en cure de désintoxication.
Je hais les objets. Ils sont traîtres, fourbes, méchants.
Ce
matin, après ma quatrième tentative pour revenir dans le monde des gens
qui vivent dans la position verticale et les yeux ouverts, je parviens
à sortir de mon berceau nocturne, éblouis par un soleil explosif
scintillant de mille feux au coeur du ciel lillois
(ce détail n'a aucune incidence dans le récit qui vient, mais ça fera
les pieds aux lyonnais qui regardent tomber la pluie en ce jour
maudit), et à rejoindre cet endroit carrelé qui regorge de victuailles
diverses et pas toujours avariées : la cuisine.
Me saisissant machinalement dans un état léthargique d'une orange pulpeuse à souhait, je m'empresse d'en extraire le doux jus énergétique. La chose faite, j'entrouvre la machine à laver qui a tourné cette nuit jusque 5h, heure à laquelle un p'tit bonhomme m'a extrait de ma nuit, réveillant par la même occasion une gênante envie de... ben de pisser. Tout cela pour dire qu'à cette heure là, me dirigeant à tâtons vers les toilettes, mes yeux à demi clos furent attirés par le zéro rouge de la machine, stipulant de manière ostentatoire que le cycle était terminé. Soucieux de ne point utiliser d'énergie inutilement pour laisser ce zéro allumé, j'ouvrais la porte de la nettoyeuse, libérant un nuage de vapeur chaude et humide. Je ne me doutais pas du complot qui s'était "machiné" pendant la première partie de mon sommeil. Car oui, l'attentat était prémédité.
Dans la machine, mon verre fétiche, le verre à moutarde Shrek. J'aime à boire mon jus d'oranges dans ce verre, je ne sais pourquoi. Peut-être parce qu'il est orange ou parce que Shrek symbolise la force, la puissance, celle que j'espère trouver en sirotant mon jus du matin. Les objets, ces félons, le savent. Ils ont observé mon rituel depuis des années. Ils attendent et fulminent en secret. Cette nuit, le complot s'est noué dans le déluge mousseux de la machine. "C'est pour ce soir !". Le mot est passé de fourchettes en assiettes. Le couteau à viande était idéalement placé, sous l'hélice de la machine. Il n'a pas eu beaucoup d'efforts à faire pour se mettre sur sa trajectoire. Le verre Shrek s'est sacrifié pour la cause. Un Kamikaze en verre et contre nous. "Es-tu sûr de vouloir faire ça ?" lui demanda la cuillère en bois, placide, chargée de diriger les opérations. "Oui" répondit le verre Shrek. Il savait pourtant qu'il signait là son arrêt de mort, qu'il finirait, au mieux sur le trottoir, au pire dans la poubelle. Pourtant, à 3h12, le couteau s'élança sous l'impulsion de l'hélice de la machine et vint ébrécher le verre de quelques millimètres d'une faille tranchante et fatale.
Faille que bien entendu, l'homme dans son état apathique, ne peut voir lorsqu'il vide nonchalamment le contenu du presse-agrumes dans le récipient orné de ce qui reste du géant vert. Je m'en saisis et le porte à la bouche pour goûter sans plus attendre au succulent breuvage sucré. Je comprends très vite, bien avant de sentir le goût du fer dans la bouche que le piège s'est refermé sur moi. Ma lèvre a subit de plein fouet l'attentat sur fond de "Object Akbaaaaar". Je saigne. Abondamment. L'hémorragie durera plusieurs heures, ruinant quelques compresses et trois gants de toilettes fourrés aux glaçons, conseil du docteur joint par téléphone en urgence. Je regarde mon café fumant dans son mug et les tartines de pain grillé. Privé de mon sacro-saint petit déjeuner, je regarde mon verre Shrek pour la dernière fois, une main gantée à la bouche, me vidant de mon sang.
Il
s'agit là d'un énième attentat du groupuscule des objets violents, ces
actions se radicalisent. Déjà, le coin de la porte du meuble qu'on se
prend dans le crâne, la porte du frigo restée ouverte, le pot de
mayonnaise qu'on se prend sur le pied, le pied du lit qui vient
fracasser le petit doigt de pied dans une douleur atroce, la
télécommande qui se planque dans les coussins du canap,
le verre qui explose quand vous le lavez à la main, la feuille de
papier qui vous coupe le doigt, le hachoir qui vous arrache un bout de
chair, la porte qui se referme sur vous, la plaque d'égout qui bouge
sous vos pieds, la lampe de la cave qui vous fracasse le crâne, la
punaise qui s'enfonce dans la plante du pied, le marteau qui se jette
sur le pouce, la fermeture éclaire qui se coince sur un bout de peau
(les hommes comprendront), les grilles-pains ou les machines qui tentent de mettre le feu, le clou qui dépasse d'un morceau de bois... La liste est longue.
Soyez sur vos gardes, la guerre des objets se durcit, ils sont là, partout, ils vous épient, guettent le moindre de vos faux-pas !
Comments
Je ne pensais pas que c'etait aussi sérieux, grave, dramatique...
Ceci dit; je ris encore plus que je matin, lorsque tu es venu te plaindre...
J'ai bien fait de dire d'aller voxer plutôt que de pleurnicher dans mes pattes...
Maintenant, fait attention de ne pas avaler la paille avec laquelle tu devras te nourrir juste que cicatrisation...
^_^
ha, heu, oups...
Prompts rétablissement...
Si jeune et déjà un bec-de-lièvre :/