Si vous avez un peu de temps à gagner...
Article paru le 1er octobre 2008 SOUSCRIPTION
"Invincible espoir"
Les plus jeunes lecteurs de l’Humanité sont familiers du verbe précis, rageur et poétique qu’il tisse avec ses compagnons. HK est l’un des deux chanteurs du Ministère des Affaires populaires, un groupe à l’engagement franc et sans concession, solidaire des sans-papiers, du peuple palestinien, de tous les exploités, discriminés, ghettoïsés. HK se produit aussi avec une autre formation, les Saltimbanques. Casquette au parfum de Front populaire vissée sur la tête, il y renoue avec une chanson française savoureuse, où rébellion et humour font bon ménage. Autant dire qu’avec l’Humanité, il partage des valeurs, une certaine idée du monde qui nous entoure et de l’avenir. D’où le soutien que ce « Lillo » exprime ici au journal fondé par Jean Jaurès.
Je ne suis qu’un troubadour, saltimbanque de fortune, aventurier de l’esprit, poète-vagabond… utopiste notoire, parmi d’autres fous rêveur de mon époque. Tous marginaux.
La norme, aujourd’hui, c’est la sacro-sainte « réussite sociale individuelle » : travailler plus pour gagner plus, encore plus, toujours plus, plus, plus, plus… Vouloir aller toujours plus haut, plus loin, plus vite, plus vite que les autres. Et peu importe, au fond, où cela nous mène.
On nous dit que ce monde est, certes, une jungle, que « c’est comme ça », qu’on n’y « peut rien ». Il nous faut donc « accepter l’évidence », et, faire comme tout le monde : entrer dans le jeu. Ce jeu morbide où les perdants n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes. La sélection naturelle, en quelque sorte ! Avec ses millions de victimes collatérales « inévitables ».
Dans ce monde qui est le nôtre, pour être à la mode, pour être « moderne » comme ils disent, il y a des mots, des concepts qu’il nous faut intégrer : compétition, richesse matérielle ; murs, cloisons, grillages… pour se protéger de l’autre.
Oui. Il faut savoir que l’autre est un problème ! un concurrent ! un danger ! un terroriste, un parasite, voire une statistique…
Ils sont tellement nombreux à penser ainsi ! Cette pensée est tellement incrustée dans la « pensée collective » ! Matraquée à longueur de journée par nos grands médias de masse !
La peur, l’individualisme et l’affrontement comme modèle ultime de société ! Voilà ce à quoi l’on devrait se résoudre.
Et pourtant, « pauvres fous » que nous sommes, nous continuons malgré tout à rêver d’une autre humanité. Une humanité où le bonheur des uns ne fait pas systématiquement le malheur des autres. Le bonheur d’ailleurs ne valant que s’il est partagé par tous. Une humanité où le souci de l’autre n’est pas juste un pansement occasionnel pour se soulager la conscience entre deux pages de publicité. Une humanité où on ne débloque pas, en quelques heures à peine, des centaines de milliards de dollars pour sauver des grands groupes financiers… quand la crise alimentaire mondiale reste indéfiniment assassine, et sans réponse.
« C’est qu’au fond, il n’y a qu’une seule race : l’humanité. »
Jean Jaurès
Cette humanité, certains la rêvent, l’écrivent, la décrivent, la chantent, la scandent ; d’autres l’incarnent. Ils se battent quotidiennement pour qu’elle ne soit pas qu’une « vision de l’esprit ». Ils donnent de leur temps, de leur énergie, de leur sueur, sans relâche, nuit et jour…
Ils travaillent plus pour que le monde gagne plus en humanité.
Se battre pour ses droits est une lutte merveilleuse. Se battre pour les droits des autres est une chose plus estimable encore. Mais, se battre pour un idéal, c’est là, sans nul doute, le plus beau des combats. Un combat qui englobe tous les autres.
Puisque nos rêves, nos idéaux, nos révoltes sont tout ce qu’on a, protégeons-les comme d’autres protègent leurs diamants. Chérissons-les comme le paysan chérit sa terre. Cultivons-les sans relâche, dans l’espoir, un jour, de pouvoir récolter le fruit de tous ces combats qu’on nous disait « perdus d’avance ».
Un grand homme a dit un jour : « L’histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et la lenteur des accomplissements, mais elle justifie l’invincible espoir. » Ce grand homme s’appelait Jean Jaurès, père fondateur de l’Humanité.
Je le remercie d’avoir créé ce journal. Ce journal qui permet aujourd’hui à un saltimbanque de mon espèce d’y semer ses utopiques pensées…
« …Et pourtant l’espoir fleurissait
Dans les rêves qui montaient
aux cieux
Des quelques ceux qui refusaient
De ramper jusqu’à la vieillesse
Oui notre bon Maître,
oui notre Monsieur
Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? »
Jacques Brel
Ils ont tué Jaurès, mais ils n’ont pas tué son héritage, patrimoine pacifique et révolutionnaire de l’Humanité. À nous d’en prendre soin, de le perpétuer, pour que ne meure jamais « l’invincible espoir ».
www.map-site.fr
HK